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Etude de positionnement des formateurs de l'AFPA en termes d'Usages Pédagogiques du Numérique (Accès: Lecture : Public)

le 10 Mai 2011 par B.Porlier   Commentaires (2)

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doc de travail, outils, culture numérique, études et enquêtes

 

Bonjour à tous!

 
 

Dans le cadre de mon Master 2 professionnel CRF en ingénierie de formation et ingénierie pédagogique à l’Université Lumière Lyon 2, je réalise mon stage à la Direction régionale Rhône-Alpes de l’AFPA située sur le site de Vénissieux (tuteur : Michel Chong).

 

Le thème des Usages Pédagogiques du Numérique (appelons cela UPN) est au centre de mes intérêts et, dans le cadre de mon stage, je réalise une étude de positionnement des formateurs AFPA en termes d’intégration pédagogique du numérique. Ainsi, il ne s’agit pas de créer et d’établir une typologie des UPN, mais plutôt de positionner dans une typologie existante le niveau d’UPN des formateurs, notamment dans la finalité d’instauration du C2iF.

 

Ce blog a donc pour objectif de vous présenter rapidement l’avancée de mes travaux en termes de cadres théoriques constitués par la recherche, de méthodologie, et de résultats. Il a aussi pour vocation de recueillir vos conseils, retours, critiques, voire implications sur un point précis. Un peu d’objectivité sur ma pratique de recherche ne me fera pas de mal!   :-)

 

Alors... commençons!

 
 

L’objet d’étude

 
 

Ce que je cherche à faire? Positionner les formateurs sur une échelle de niveau en fonction de l’intégration du numérique dans leurs pratiques pédagogiques. Pour faire simple et caricatural, sur une échelle de 1 à 5, tel formateur situe ses UPN à 3, tel autre à 1, un tel à 5 et ainsi de suite... Par le croisement des données, un état des lieux pourra être établi.

 

Par contrainte de temps, le choix méthodologique du questionnaire a été effectué. Celui-ci se composera de questions relatives aux déterminants sociaux, de “vignettes” de situation ainsi que de questions plus précises envers les formateurs. Nous aborderons ces points postérieurement.

 
 

En théorie...

  
  

Tout d’abord, notons que la recherche dans le domaine de la formation professionnelle n’a pas, à ma connaissance, établi de typologie des niveaux d’UPN des formateurs. Dans le milieu de la FPC, on ne sait pas, de manière scientifique, dessiner le profil du formateur réfractaire ou  mordu des technologies, du sceptique, de l’enthousiaste etc etc..., profil du formateur en termes d’UPN.

 

Dans l’enseignement primaire, secondaire ou encore supérieur, la littérature est au contraire abondante, et ce à une échelle internationale. Nous nous cantonnerons lors de notre étude à user de références francophones (suisses, françaises, québécoises et belges) et des USA. La recherche a établi à partir de l’enseignement nombre de typologies des UPN, de leur processus d’intégration dans les pratiques, des attitudes et comportements des enseignants face aux technologies éducatives... Voici quelques noms dont certains vous sont peut être déjà familiers :

 

P-F. Coen ; J. Schumacher ; C. Depover ; A. Strebelle ; C. Raby ; T. Karsenti ; F. Larose ; R. Guir ; B. Charlier ; F. Henri ; D. Peraya ; B. Albero ; J. Rhéaume ; T. Laferrière et bien d’autres...

 

Le coeur de l’étude, notamment au niveau de la construction de l’outil méthodologique, prend base principalement sur les travaux de P-F. Coen, J. Schumacher, C. Depover, A. Strebelle. R. Guir relate aussi de travaux intéressants en provenance des USA.

 
 

La démarche constructive de l’outil d’enquête

 
 

En psychologie sociale, l’attitude d’un individu se rattache à la représentation qu’il a d’un objet. Le comportement, quant à lui, renvoie à l’action de faire : l’on dit, l’on voit, l’on parle... Le comportement et l’attitude sont en tension : ils s’influencent mutuellement, et constamment. Ainsi, c’est par l’analyse de cette dialectique entre les pratiques pédagogiques relevant d’UPN et les représentations y étant attachées que les chercheurs ont constitué des modèles de processus d’intégration des UPN.

 

Nous avons retenu un modèle particulier. Rappelons qu’il est issu du domaine de l’enseignement et qu’en conséquence, nous proposerons une adaptation à la FPC.

 

C. Depover & A. Strebelle, de l’université de Mons, ont réalisé une étude en 1997 qui s’avère toujours faire autorité. Celle-ci mesure l’intégration du numérique dans le processus éducatif auprès de groupes d’enseignants en Belgique Francophone intéressés par l’usage de ces outils dans leurs classes. Leurs observations se sont étalées sur une période d’une année, et ont permis aux deux chercheurs d’établir une typologie des phases d’intégration du numérique chez les enseignants. Il ressort trois phases. Précisons les de manière succincte :

 

- l’adoption : “décision de changer quelque chose dans sa pratique par conviction personnelle ou sous une pression externe“(à la demande des stagiaires, du personnel d’encadrement ou de la direction)(C. Depover & A. Strebelle, 1997, p.7). Ici, l’enseignant se situe au stade de la décision du changement. L’effectivité de ce changement ne dépasse pas la limite de la reproduction des pratiques pédagogiques existantes en version numérique (ex : simple substitution d’un papier par un pdf, d’un transparent par un ppt...). Nous noterons ici que la technique n’est pas ou peu maîtrisée. C’est le plus bas niveau d’UPN.

 

- l’implantation : “correspond à la concrétisation sur le terrain de la volonté affirmée, lors de la phase d’adoption, de s’engager dans un processus conduisant à une modification des pratiques éducatives. Centrées sur l’action, cette phase se traduit naturellement par des modifications perceptibles au niveau des pratiques éducatives mais aussi de l’environnement dans lequel ces pratiques prennent place. » (C. Depover & A. Strebelle, 1997, p.7). C’est le niveau intermédiaire en termes d’UPN.

 

- la routinisation : “le recours aux nouvelles pratiques s’opère sur une base régulière et intégrée aux activités scolaires habituelles sans exiger pour cela un support externe de la part d’une équipe de recherche ou d’animation pédagogique » (C. Depover & A. Strebelle, 1997, p.82). Les pratiques relevant d’UPN prennent ici place dans une forme de normalité : le phénomène est courant, régulier et stable. C’est le plus haut niveau d’UPN dans le processus de normalisation des pratiques.

 

Les deux auteurs belges pointent 4 dimensions à étudier lorsque l’on se penche sur notre type de problématique. P-F. Coen & J. Schumacher, deux chercheurs suisses, les formalisent très synthétiquement dans le tableau suivant :



 

En ce sens, C. Depover & A. Strebelle ont vu leur modèle repris et approfondi par P-F. Coen & J. Schumacher.

 
 

Genèse d’un outil original

 
 

C’est à partir de ces 4 dimensions caractérisant les 3 étapes du processus de normalisation des UPN que les deux auteurs suisses ont construit un outil de positionnement des enseignants.

 

P-F. Coen & J. Schumacher proposent l’outil Visi-TIC. Celui-ci se compose de 4 panels de situation. Chaque panel comprend 3 témoignages artificiels construits à partir des 4 caractéristiques précédentes. Chacun des témoignages se rattache à son étape du processus respective. L’enseignant lit les témoignages et se situe dans celui où il se reconnaît le plus. Notons la présence de deux étapes intermédiaires que nous qualifierons sous peu. Voici l’exemple d’un panel :

 

 

  1. Etape de l’adoption

  2. Etape intermédiaire

  3. Etape de l’implantation

  4. Etape intermédiaire

  5. Etape de routinisation

 

Il est important de qualifier les étapes 2 et 4.

 

R. Guir fait état en 2002 des résultats du PCC (professional competency continuum), questionnaire d’auto-évaluation des enseignants quant à leurs compétences requises dans ce contexte global de numérisation des pratiques. Cet outil a été developpé par le Milken Exchange  on Education Technology (USA - California)(R. Guir, 2002, p.11). Les résultats que nous retenons de cette enquête se trouvent dans la modélisation par les chercheurs de deux phases :

 

- l’adaptation : “technologies intégrées dans la classe pour supporter les pratiques existantes, et acquisition par les enseignants des aptitudes requises en matière d’usages de la technologie, mais ces aptitudes ont permis principalement d’automatiser, d’accélérer et d’améliorer les stratégies d’enseignement et d’apprentissage antérieurement en place”.

 

- la transformation : “technologie comme catalyseur de changements dans les pratiques d’apprentissage, nouveaux rôles et relations entre les élèves et enseignants, et technologie utilisée de manière créative dans l’ensemble de l’école et rendant possible de nouvelles manières d’apprendre”.

 

Si l’on positionne ces 2 phases par rapport aux 3 autres étapes, il apparaît qu’elles se situent comme complémentaires et surtout intermédiaires aux autres. Explications par expressions-clés:


 

Dans Visi-TIC, l’on pourra considérer que les UPN des formateurs se situant aux étapes intermédiaires relèvent de caractéristiques similaires à celles de l’adaptation et de la transformation.

 

Il s’agit maintenant d’adapter l’outil au public de formateurs et au C2iF. Et là, j’aimerais vous impliquer dans la démarche de validation de cette adaptation. Je vous propose une version adaptée des panels dès que possible.

 
 

N’hésitez surtout pas à faire des retours sur ce que vous venez de lire.

 

A très bientôt! :-)

 
 
 

Benoit Porlier

 

Bonjour,

 

Merci pour cette présentation. Elle sera utile à FormaVia puisque dans le cadre du projet C2I2E formateur nous allons devoir construire un outil de positionnement pour les acteurs. 

Première remarque générale : il serait intéressant de mettre en vis-à-vis les référentiels B2I adulte, principalement pour la phase adoption, et C2I2E formateur comme point de repère dans le positionnement des formateurs.

Concernant les changements d'intitulé C2I2E ou OU C2IF, etc.... EN fait, pour être politiquement correct et rentré dans les canons de l'arrêté de février dernier, on va parler de C2I2E formateur (E pour enseignant) : http://tice.aix-mrs.iufm.fr/spip/C2i-R-niveau-2-enseignant-arrete

Pour l'outil de positionnement, on pourrait faire un prototype... une affaire à suivre donc...

Je relis ton papier pour le commenter en plus

François Duport le 11 Mai 2011

Bonjour François,

 

Merci de ce retour et pour la précision d'intitulé du certificat.

Concernant la mise en relation de ce modèle avec le C2i2E formateur, je pense que c'est même essentiel à terme. Cependant, il me semble que d'effectuer cette mise en relation de manière méthodique et rigoureuse mérite une étude à part entière. Placer le C2i2E formateur sur le modèle que j'ai présenté demande d'étudier les pratiques pédagogiques de détenteurs du certificat, voire peut être de faire du suivi de cohorte...? On peut toutefois faire une estimation. Je donne mon point de vue sous peu là-dessus.

A propos du B2i, si je ne me trompe pas, il s'agit d'un certificat d'aptitudes à une certaine pratique du numérique, mais celle-ci n'a pas de finalité pédagogique. Placer ce certificat dans un modèle où la finalité des usages est pédagogique me parait difficile mais je vais y réflechir.

 

Sinon je poursuis mon travail méthodologique. Je présenterai l'avancé de mes travaux sous peu.

 

Bon Week-End et à bientôt ! :-)

 

 

Benoit P.

B.Porlier le 14 Mai 2011