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La Nuit de tous les changements (Accès: Lecture : Public)

le 22 Septembre 2011 par François Duport   Commentaires (0)

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Retrouvé par hasard, ce texte rédigé à Autrans en 2006 corrigé et amélioré par Anne-Caroline Paucot dans la production des actes de cette rencontre. L'objet était d'imaginer l'avenir. L'original est ici mais je préfère la version corrigée. A l'époque je ne connaissais pas Anne-Caroline Paucot et son dictionnaire du futur ; désormais nous partageons le même espace de coworking.

Les lambris de la Re?publique couvent bien des re?flexions. Le ministre des savoirs et de la connaissances fait les cents pas.
Il est minuit et la ta?che est rude. Les rapports des experts et la pression de la rue obligent l'homme a? sortir du bois.Les dernie?res re?formes n'y suffisent plus. Les re?seaux menacent de faire imploser tout le syste?me de formation. Ce soir, il met une note finale a? son projet de loi. Pour cela, il faut repren- dre le fil des e?ve?nements et mettre en perspective les petits changements et les grands bouleverse- ments de ces dix dernie?res anne?es.
En 2007, les techniciens du ministe?re salue?rent la performance. Les espaces nume?riques de travail (ENT) e?taient de?ploye?s dans toute la formation initiale et supe?rieure. L'urbanisation jacobine des syste?mes d'information permettait de ge?rer au mieux les de?parts a? la retraite du corps enseignant et de faire rentrer de plein pied les enfants dans la socie?te? de la connaissance. L'e?dition modifia dans la foule?e son mode?le e?conomique en singeant la te?le?vision. Les manuels scolaires e?taient de?sor- mais disponibles dans des bouquets nume?riques de savoirs. Le ministe?re avait imagine? une infra- structure robuste et les re?gions payaient les factu- res, de?centralisation oblige.

Les premiers retours d'expe?rience sont promet- teurs, me?me si des proble?mes demeurent : de?saf- fection de l'inte?re?t pour les e?tudes, crispation du corps professoral. Le syste?me se scle?rose. Et, au bout de 24 mois, les ENT posent des difficulte?s. Le syste?me est obe?se d'informations et de groupes de travail. L'administration de?cida d'investir dans un moteur de recherche de dernie?re ge?ne?ration inte?grant analyse se?mantique et traducteur univer- sel. Le fosse? se creuse entre les ge?ne?rations, entre ceux qui savent se servir des re?seaux, et les exclus du nomadisme cognitif. Les professeurs essaient
tant bien que mal d'adapter les recettes de l'ensei- gnement traditionnel a? une organisation multi modale. Ils n'y arrivent pas.

Premier acte : une premie?re rupture

L'e?tude sociologique de cette e?poque (vers 2010) montre que chaque adolescent interagit avec un re?seau social de 150 a? 300 personnes sur les cinq continents. La cartographie relationnelle d'un individu pre?sente au moins sept niveaux de rela- tion, du plus proche au plus e?loigne?. Il multiplie les modes de communication en fonction des communaute?s auquel il appartient et zappe d'une activite? a? l’autre toutes les 20 minutes. Conse?quence, les e?le?ves et les e?tudiants ont de?tourne?s les outils pour leurs inte?re?ts personnels. Les passionne?s forment des communaute?s entre niveaux scolaires. Ils de?passent les professeurs en ne suivent plus le programme. L'autodidaxie gagne en puissance. Il suffit qu'un professeur devienne animateur de savoirs pluto?t que trans- metteur de connaissances. Chaque apprenant est potentiellement un professionnel amateur. On se trouve dans une situation de pyramide renverse?e. L'important est d'e?tre connecte? et de de?velopper son nœud relationnel.

Les TIC ont envahi les pratiques pe?dagogiques. Dans ce spectre large, il y a de tout. Certains pro- fesseurs mettent cours, exercices et annales a? la disposition de leurs e?le?ves et e?tudiant. L'absente?isme devient une norme. Les cours ex cathedra sont de?serts. D'autres encouragent la participation et la critique constructive via des blogs et wiki. La majorite? se sent abandonne?e dans une socie?te? autonome ou? l'individu ne sup- porte plus l'autorite?. L'exigence de transparence ne supporte plus les murs des e?coles et la hie?rar- chie des universite?s. Mais cela reste une excep- tion, la majorite? refuse de changer ses pratiques. Une premie?re loi tente de restreindre l'usage de l'informatique dans les e?coles. Le ministre tombe.

Second acte : mondialisation des savoirs

L'usage et la mondialisation ont bouleverse? ce beau programme, mariant secteur marchand et organisation technocratique. Le capitalisme cog- nitif engendre des jeux pe?dagogiques qui rassem- blent plusieurs millions de citoyens apprenants. Les pays du Sud, et plus particulie?rement l'Afrique, acce?le?rent la diffusion de ressources pe?dagogiques sous licence creative commons. Chaque champ pe?dagogique posse?de de?sormais un wikipe?dia spe?cialise?. La banalisation des gril- les P2P entrai?ne une vulgarisation des savoirs a? grande e?chelle. On s'e?change, on annote tous documents sous la forme de post-it audio ou tex- tuel. Une ide?e, pourvue qu'elle soit diffuse?e, se de?veloppe comme une bacte?rie, de?passant les pre?- visions de la loi de Metcalfe.

Les nouvelles lois sur la proprie?te? intellectuelle imposent un tracking des me?ta-donne?es. La popu- larite? des licences creative comons acce?le?re la dif- fusion des ressources pe?dagogiques libres. L'Afrique propose des services d'animation de savoirs mondiaux sur la base du griot. Une concurrence s'engage entre trois entite?s : l'institu- tion, le prive? et le communautaire. L'institution conserve la mai?trise des diplo?mes. Le prive? inonde le marche? de parcours pe?dagogiques per- sonnalise?s multilingues avec coach pour chaque apprenant. Le communautarisme est un me?lange de religieux et de de?mocratie participative. La ge?ne?ration impose sa direction sous la forme de manifestations sporadiques, de type flashmob.

Ils veulent de la transparence et du respect. La spontane?ite? cre?ative de leur mouvement inhibe le gouvernement. La pression monte d'un cran quand les salarie?s exigent du temps permanent a? la formation. Sous la pression des re?seaux, le gou- vernement met en place un ministe?re des savoirs. Il a 18 mois pour trouver une solution.

Troisie?me acte : nuit de la cre?ativite?

Le ministre relit sa proposition de loi. Il connai?t ses ennemis, mais craint encore plus ses amis... Droitistes comme gauchistes ne re?vent que de pouvoir. . Il faut parfois aller contre sa classe, et croire en l'humain. Alors il relit une dernie?re fois sa de?claration universelle des savoirs et de la connaissance :

  • L'acce?s aux savoirs est libre et e?gal pour tous. - La formation est un droit inalie?nable pour tout individu de la naissance a? la mort. - Le droit d'auteur et les copyrights industriels sont abolis.
  • Les e?changes de pair a? pair sont autorise?s et encourage?s. - La cre?ativite? en re?seau est un bien commun. - L'homme est encourage? a? passer un cinquie?me de son temps a? e?tudier.
  • Chaque individu doit parrainer au moins une personne dans sa de?marche d'apprentissage. Le ministre sent bien qu'il faut aller dans ce sens, mais n’ignorant pas qu’il ne mai?trise pas tout,

il he?site, allume son ordinateur et ouvre un premier wiki national pour construire collectivement nos besoins e?ducatifs.