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Des rencontres inspirantes (Accès: Lecture : Public)

le 21 Février 2012 par François Duport   Commentaires (0)

culture numérique, cours, compte-rendu

Je suis intervenu dernièrement dans deux manifiestations pour présenter le réseau de FormaVia et plus précisment l'expérimentation C2I2E. Le sujet central était bien évidemment les compétences numériques pour les professionnels. C'était

-le colloque TIC Santé 2012

- Les journées ANCLI du numérique à l'Agence Nationale pour la lutte contre l'illetrisme

et les suivanes partie 2 et partie 3.

 

Les nouvelles technologies nous ont condamnés à devenir intelligents ! 

A rebours, des questions revienent. Lors de ces deux manifestations, personne ou presque n'envoyait des Tweets. D'ailleurs les organisateurs n'avaient pas installés de mur de tweets. Il y avait un système de vote électronique au colloque TIC Santé et de la captation vidéo, mais pas un dialogue direct avec les participants. Dans la formation à l'ANCLI, deux personnes étaient venues avec leur matériel informatique.  Au même moment se déroulait la rencontre #Clair2012. Les partipants produisirent 4500 tweets de qualité  dont voici quelques exemples frappants :

- ppoulin RT @FrancoisGuite: #clair2012 La passion est la meilleure source d'apprentissage tout au long de la vie. Il suffit donc de faire naître la passion d'apprendre. -4:15 PM Feb 12th, 2012

- gauviroo RT @gpayette: La DéCLAIRation #clair2012 à lire, à commenter, à enrifichir, à faire circuler et ultimement à appuyer http://t.co/Fub87WWJ -9:25 PM Feb 11th, 2012

- juliebeaupre RT @d_vigeant: Regardez, innvovez, contaminez! RT @zecool: À visionner -> Réalisez-vous ? http://t.co/m2V801Bf #clair2012 RT @gauviroo / #ped2073sj -11:39 AM Feb 13th, 2012

On a discuté au moment des pauses. Les participants sont conscients des changements en cours, mais la mise en abime effraie : rapidité des changements en cours, interaction avec l'utilisateur, banalisation des savoirs, etc. La posture du formateur ou du corps médical change. Il doit être à l'écoute de son interlocuteur, descendre de son piedestal. Il y aura toujours des formateurs et des médecins, mais ils devront agir avec plus de transparence.  Comment intégrer dans ces rencontres une place à la participation et aux feed back ?

Deuxième élément, l'appétance des participants est importante. Autant il y a quelques années, le web 2.0 était un truc qui intéressait une minorité. Est-on proche du point de bascule ? Maintenant, c'est le grand public qui veut comprendre. L'institution se pose question. Mais elle craint de perdre pied. Je suis en train de lire  Comment Le Numérique Transforme Les Lieux De Savoirs  de Bruno devauchelle..Une citation résume la situation : "si une véritable culture numérique personnelle s'est développée (chez les professeurs), elle est restée à la porte de la classe. Si l'on a bien informatisé les notes, on n'a pas réellement modifié la façon d'évaluer les apprentissages" ? C'est que "en plaçant l'individu en premier, le numérique renverse un des schémas de la société traditionnelle de manière radicale".  La culture numérique est au centre des débats. Ce n'est plus un truc de spécialistes. Cela concerne chacun, en tant que parent, professionnel, citoyen.

Milad Doueihi, dans son dernier livre "Pour un humanisme numérique" résume assez bien la situation :  "Le numérique en tant que culture modifie de manière assez radicale notre rapport au temps, mais aussi avec l’espace habité et vécu. Or, ce qui caractérise l’humain est, hormis la langue et la pensée, la façon dont l’homme habite et modifie l’espace. Dans ce sens-là, le numérique demande à être regardé comme une forme d’humanisme."  Cela renvoie à cette célèbre  conférence de Michel Serres en 2007, à l'occasion des 40 ans de l'INRIA,  où il s'amusait à conclure par cette phrase humoristique :  « Les nouvelles technologies nous ont condamnés à devenir intelligents ! ». En quelques sortes, reprendre en main son avenir et son humanité c'est pouvoir participer à la communauté de destin.  Quel rapport avec le secteur de la santé ou celui de l’illettrisme  ? A priori, rien de commun et pourtant… Fondamentalement, les compétences attendues sont de même nature.

La famille des B2I et C2I sont des compétences transverses. On peut même parler de culture ou d’acculturation autour de cinq notions  :

 

  • Connaître et comprendre son environnement numérique hardware et software)
  • Respecter le droit et comprendre ses limites (renvoi au débat citoyen et au débat de société)
  • Savoir choisir des outils en fonction des objectifs et savoir apprendre à apprendre (autoformation)
  • Savoir chercher, réaliser une veille et donc développer un appareil critique
  • Savoir travailler à plusieurs et les pratiques qui en découlent

Culture numérique avant tout 

 

Voici quelques réflexions sur l’usages du numérique les apprentissages… Et si le numérique était une opportunité pour apprendre autrement, adapté aux besoins de l’apprenant ?

On le comprend aisément les compétences attendues seront différentes entre l’élève et le professionnel. Et il est nécessaire de prendre un peu de recul historique pour comprendre le changement de paradigme en cours. En pédagogie, on passe des théories du béhaviorisme, constructiviste, puis socio-constructiviste. Georges Siemens parle désormais de connectisime. Cela nécessite un outillage et des pratiques innovantes pour le formateur. Cela demande de prendre le temps d’expérimenter et d’être à l’écoute des expérimentations de ses pairs. De casser le triptyque  : unité de temps, de lieu et d’action et de penser dans une logique de synchronisation. De changer de grille de lecture puisqu’en réseau. D’agir sur temps court (immédiateté d’internet et des réseaux) et sur le temps (construction d’une identité numérique apprenante). Cela nécessite un questionnement sur des certitudes qui se sont construites sur des siècles. Le besoin est d'apprendre une méthodologie d'apprentissage adapté à son besoin personnelle (profil d’apprentissage). Cela questionne bien évidement les logiques de normalisation. Le numérique est une clé supplémentaire pour le «  connais toi toi-même  » Et l’informel commence à s’installer sur la toile… bousculant encore nos certitudes.

Ainsi l’exclusion numérique et sociale fonctionne dans les deux sens. La FOAD pour les Homless aux Etats Unis et l’ordinateur dans le mur en Inde de Sugata Mitra montrent que d’autres approches sont possibles. 

Dans l’école mutuelle, l'organisation est totalement différente des méthodes d'enseignement simultané qui prévalaient alors  : un seul maître est nécessaire pour faire fonctionner une école jusqu'aux limites d'ordre architectural concernant la capacité d'accueil du bâtiment (jusqu'à plus de 800 élèves). Ce système peut fonctionner à plusieurs étages, avec desmoniteurs généraux, des  moniteurs intermédiaires  etc., jusqu'au niveau le plus bas des élèves débutants, tout le monde apprenant à son niveau et enseignant au niveau inférieur. Ainsi «Un enfant y trouve par définition toujours une place qui correspond à son niveau ... Les moniteurs ne sont que provisoirement les premiers dans le précédent exercice de la même matière  », et non pas les meilleurs élèves ou les plus âgés comme il sera de règle par la suite. C’était en 1815 et cela ressemblait furieusement à une approche en réseau, de pairs à pairs. (L'école mutuelle, une pédagogie trop efficace  ? Anne Querrien, Les Empêcheurs de penser en rond, 2005)

Plus proche de nous, dans le numérique, on procède beaucoup par essai-erreur. L’important n’est pas de savoir, mais d’expérimenter et d’avancer en boucle itérative avant d’arriver au résultat souhaité. D’utiliser le cerveau droit et le cerveau gauche, bref de sortir de la culture de l’écrit pour apprendre à écrire. Bref, de considérer que nous sommes tous différents et que cette diversité est source d’apprentissage.

Quelques exemples glanés sur le net 

Dans les années 90, on fournit à des gamins de Harlem des ordinateurs. Ils bidouillent du  html (langage de programmation pour la mise en page du web). Rapidement, ils possèdent une langue qui dépasse l’échec scolaire.

Dreamless est un photographe de talent. Il améliore son orthographe grâce à Twitter et aux réseaux sociaux, parce qu’il est lu. Ou Facebook qui permet aux enfants à haut potentiel de se retrouver. Ou encore ce ePortfolio pour les migrants au Quèbec qui permet de renouer avec sa communauté d’origine tout en approfondissant le français. Dans l’organisme de formation Côté Projets, il fabrique un roman-photo. A chaque fois, l’outil est un prétexte pour apprendre autrement.  

Lors d’une intervention à la M@ison de Grigny, Denis Lamontagne expliquait comment il enseignait avec les peuples premiers. Ils cherchaient ensemble avec des dictionnaires en ligne la définition des mots jusqu’au moment où le mot prenait du sens. Cette approche holistique correspond à leur construction mentale comme le prouve cette étude : redéfinir le mode d’évaluation de la réussite de l’apprentissage chez les Premières nations, les Métis et les Inuits. 

Apprendre en nuage de mots, c’est ce que propose ce dictionnaire des synonymes réalisé par le CNRS. Ou le programme Sankoré qui consiste à faire produire des ressources pédagogiques sous licence Creative Commons réemployable par tous les enseignants. Le logiciel de pilotage des tableaux blancs interactifs est open source. Mais aussi La Framakey orientée "dys" est une compilation de logiciels libres à installer sur une clé USB pour les élèves et les collégiens présentant un trouble spécifique du développement, les troubles "dys" : dysphasies, dyspraxies, dyscalculies, dyslexies-dysorthographies et TDA/H.

C’est aussi s’appuyer sur l’expérience des autres. Ainsi Marielle Potdevin, orthopédagogue, met à disposition de la communauté plus de 1000 ressources. A chacun de prendre et de donner

Un dernier exemple, au CIFA TP, les apprentis ont réalisé des films sur les dangers de l’alcool. Ils ont pris du plaisir à écrire les scénarios, à filmer, monter et diffuser. Bref, le numérique ne se limite pas à une connaissance d’outils mais c’est bien une culture ambiante qui offre de multiples possibilités.

Une check list pour commencer

On a produit ensemble une carte mentale présentant les bons et les mauvais côtés du web. Cette production composite est restée au stade du papier, mais représentait une diversité de points de vue.  

Pour finir une liste rapide des points pour commencer :

  • Commencer petit : une culture se construit dans la durée
  • Penser grand : mais cela n’empêche pas d’être très ambitieux. Wikipédia, c’est 19 millions d’article en 240 langues. 
  • Valoriser ses expériences : documenter vos expériences, elle permettront de s’améliorer
  • Changer de posture : il faut considérer que l’organisation en réseau augmente votre grille de lecture initiale. De ce fait, vous vous autorisez à penser autrement. 
  • S’organiser en communauté : c’est la communauté qui cela l’accélérateur de vos réflexions et expérimentations grâce aux feed-back. 
  • Croissance fractale : le démarrage est lent, mais l’agilité permet d’aborder d’autres sujets que le projet initial. C’est un peu comme une nouvelle frontière.
  • Etablir la confiance : La confiance se donne et se reprend. La confiance est la clé de la communauté.
  • Développer les usages : la plupart des outils du web fonctionnent sur des principes similaires. Approfondir les usages d’un service web, c’est penser scénario pédagogique plutôt qu’outil. 
  • Jardiner les communs : votre espace de veille doit être organiser pour qu’il puisse servir à d’autres. Les espaces communs se développent dans la durée. 
  • Sous licence CC : publier sous licence Creative Commons, c’est la culture de la permission. Et ça rapporte 
  • Transparence : la transparence est le meilleur rempart de la perversion. 
  • Expérimenter : se donner le droit à l’erreur est une démarche scientifique.
  • Rester agile : l’innovation est tellement rapide que la formation tout au long de la vie est indispensable.